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De celle qui a participé à la FuckUp Night Clermont #1

Jeudi 20 février 2020, après une semaine entière consacrée au thème de l’échec, j’ai eu l’honneur de participer à la première édition des FuckUp Nights Clermont-Ferrand à l’Aïgo Café ! Inventé par des étudiants mexicains lassés que leur entourage ne parle que de réussites, ce concept invite les gens à raconter leurs échecs, sans concession, en affichant leur vulnérabilité et sans fausse modestie. Ce fut une belle soirée, et si cela t’intéresse, voici ce que j’ai raconté sur scène ! Tout est là, ou presque, car je t’ai fait la grâce de quelques blagues. 😜

Aujourd’hui… EduSens !

Bonsoir !
Je suis très heureuse d’être ici parmi vous ce soir pour cette première édition des FuckUp Nights Clermont-Ferrand ! Même s’il va sans dire que Raphaël aurait réellement de gros progrès à faire sur son discours au moment de convier les gens à témoigner, parce qu’il me parait évident que la formule « Y’en a marre que tout le monde ne parle que de réussite, j’organise une soirée pour que des gens interviennent et parlent de leurs échecs, et j’ai tout de suite pensé à toi », c’est légèrement maladroit !
Mais il n’avait pas tort, puisque finalement le plus dur a été de trouver de quel échec parmi toute ma panoplie j’allais bien pouvoir vous parler !

Mais avant ça, il est temps pour moi de me présenter : je m’appelle Angélique MICHELIN, j’ai créé EduSens, dont le but est d’apaiser les relations des parents, des enfants et des professionnel.le.s avec l’Ecole, en renforçant la co-éducation et la communication, grâce à la formation et à l’information.

Je suis professeure de formation, et comme vous voyez j’ai échoué à m’adapter au système de l’Education Nationale, mais ce n’est pas de cet échec-là dont je vais vous parler ce soir ! D’ailleurs ne dit-on pas que « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade » ? 😁

Hier… Ang&Lise !

Non, je vais plutôt vous parler du fait qu’à l’origine d’EduSens, il y avait AngéLise. Voyez là le signe d’une originalité sans faille, puisque c’est un projet que moi, que tout le monde appelle Angé, je portais avec Lise ! AngéLise ! Wouhou !

Et effectivement, Lise était comme moi prof, nous étions amies, nous travaillions dans le même collège et nous faisions les mêmes constats : des manques, et pas beaucoup de solutions pour les parents, les enfants, les profs ! Alors on a commencé à essayer de créer petit à petit les solutions qui nous manquaient. Et on s’est mises à rêver grand ! Notre objectif : un pôle ressources où, entourées de tous les partenaires du médico-social qui œuvrent eux aussi aux côtés des élèves et de leurs familles, on pourrait régler les problèmes de quiconque serait mal avec l’Ecole.

Mieux qu’un trophée : un shaker !

C’était parti, notre dossier a été accepté par l’incubateur d’entreprises sociales CoCoShaker. J’ai demandé une disponibilité pour porter le projet, et Lise a demandé un mi-temps annualisé.

Sauf que finalement, on lui a proposé un chouette poste : référente classe relais du Puy-de-Dôme. Elle allait s’occuper des élèves en situation de décrochage scolaire. Alors un temps plein, c’était pas top pour l’incubation, mais finalement c’était un poste qui était parfait pour compléter notre projet ! Eh oui, car au bout du bout du mal-être à l’école il y a quoi ? Le décrochage scolaire ! C’était nickel !

Evidemment vous voyez le truc venir, et ma mère vous dirait bien que c’était évident que ça allait se passer comme ça… Mais ma mère sait tout avant tout le monde et ça la rend vraiment, mais vraiment chiante parfois !

Quand soudain…

Et donc, ce qui apparemment devait arriver arriva : au moment où nous faisions la connaissance de Raphaël, qui nous a fait passé le test Eqinox pour trouver son associé.e idéal.e, nous nous sommes séparées avec Lise !

Alors, je vais tout de suite mettre fin à vos interrogations, non je ne vais pas passer les quelques minutes qui me restent à casser du sucre sur le dos de Lise en disant que tout était de sa faute ! En réalité nous sommes toujours absolument amies, elle est même là ce soir ! 🥰 Et d’ailleurs, ce n’est même pas non plus sur notre séparation que va porter mon propos, mais plutôt sur mes difficultés à rebondir après coup.

Y voir plus clair, petit à petit.

Il se trouve tout d’abord que peut-être, je dis bien PEUT-ÊTRE, que ma mère avait légèrement raison, et que cette séparation était plutôt prévisible dès le début ! Bon.

Il se trouve ensuite que ça m’a fait prendre conscience d’un certain nombre de choses à mon égard.

Le fait que j’avais repoussé au maximum le moment de demander clairement à Lise si oui ou non elle voulait continuer à s’impliquer dans le projet, quand elle a commencé à être de moins en moins, voire pas disponible.

Le fait que c’était assez confortable pour moi par certains aspects de me reposer sur quelqu’un.

Le fait qu’en faisant ça j’avais soigneusement évité toute occasion de me demander réellement où j’en étais, de quoi je me sentais capable, ce vers quoi je voulais me lancer. Se lancer à deux, c’était ne pas trop se demander ce que je voulais faire, moi, toute seule.

J’ai changé de voie.

Mais avant tout cela la toute première chose, ça a été la difficile prise de conscience de ce que tout le monde savait déjà (ma mère la première !) : j’avais beau m’être protégée au maximum de la peur en me racontant que non, je n’étais pas engagée dans une réorientation professionnelle, c’était juste une petite parenthèse, un virage… C’était faux ! Je changeais de boulot ! Pour de vrai ! La vérité, c’était que je ne me voyais pas DU TOUT redevenir prof… mais j’étais complètement paralysée au moment de construire ce qui allait me permettre de faire autre chose.

Il pleure dans mon cœur,
Comme il pleut sur la ville…

Alors là j’ai réagi comme toute personne complètement saine d’esprit le ferait…

J’ai pleuré !

Beaucoup ! Beaucoup, beaucoup, beaucoup !

Blague à part, on dit que les émotions, c’est un message de ton cerveau qui te dit : REAGIS ! La tristesse, c’est ton cerveau qui a compris qu’une situation était terminée, et qu’il est prêt à prendre un nouveau départ… mais clairement pas toi ! Moi de ce côté-là c’était l’échec total !

Je me suis donc enlisée pour me désenLiser (j’ai oublié de dire que j’étais prof de Français ! 😜). Je me suis lancée dans un énorme travail sur moi, dans une gigantesque succession de remises en question pour savoir ce que je pouvais proposer, et où je voulais aller.

Je me suis rendu compte qu’il fallait que je trouve la force et le courage de cheminer seule, de me débrouiller par moi-même. Jusque-là, je n’avais fait preuve d’aucun courage finalement. C’est ce que j’ai compris en lisant un livre sur la Planification Stratégique Personnelle. C’est pas compliqué, vous pouvez appliquer le tampon ECHEC sur chacun de ces termes ! Il n’y avait chez moi aucune planification, aucune stratégie, et finalement rien de personnel !

Tel un ballon de baudruche…

Du coup j’ai réalisé que moi, j’avais été réactive. J’avais saisi des occasions qui se présentaient au vol. L’occasion se présente d’utiliser tout ce que j’avais appris par moi-même pour monter des ateliers parents ? Ok on tente ! Ça marche bien, c’est une occasion en or de sortir d’un système qui me rend malheureuse ? Vite saisissons l’occasion !

C’était déjà pas mal me direz-vous !

Mais ce n’était plus suffisant.

Parce que le problème quand tu es réactive, c’est que tu saisis des occasions au fil du temps, mais que finalement tu te laisses simplement balloter. On ne va pas se mentir, ça révèle aussi un manque de confiance en soi, une façon de se protéger en ne se projetant pas trop. En tout cas, tu n’as aucune réelle stratégie, tu n’as rien planifié, tu n’es donc aucunement capable de savoir ce que tu veux vraiment, ni ce que tu vaux vraiment d’ailleurs. Et ça marche peut-être quand tu es un duo… mais toute seule ça ne fonctionne plus du tout !

Planifier pour accéder à ses rêves à dos de licorne (ou presque!)

Non, la vérité, c’est qu’il allait falloir apprendre à être proactive : savoir quels étaient mes objectifs !
Garder le cap !

En tout cas j’avais commencé à prendre mes responsabilités, et à me demander quels étaient mes projets, c’était un bon début !

Mais je me le suis beaucoup reproché : alors que tous mes compagnons d’incubation travaillaient concrètement leur projet, avec des appels de fonds et tout ce qui va avec, moi je travaillais… moi ! Ma posture.

Et apprendre à être zen.

Et finalement c’est peut-être ça aussi mon échec.
Un échec particulièrement répandu, parmi vous aussi peut-être : celui de ne pas vouloir accepter que c’est un passage important, et que ça prend du temps. Celui de se laisser le temps de cheminer et de construire des bases solides.

Bref, l’échec de cesser de se mettre la pression !

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